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Par Olivier Pélisson 

Affiche du film

Sortie :

le 27 janvier 2016 

Genre :

Epopée humaniste

Age :

à partir de 12 ans

Réalisation : Bouli Lanners

Distribution : Bouli Lanners, Albert Dupontel, Suzanne Clément, Michaël Lonsdale, David Murgia, Aurore Broutin, Philippe Rebbot, Max Von Sydow

 

Quel talent ce Bouli Lanners ! Créatif, inventif, décalé, poétique, humaniste, il se construit film après film un sacré univers, truffé de trouvailles et d’audaces. Son quatrième long-métrage comme auteur-réalisateur est une nouvelle pépite après Les Géants (2011). Quelques jours dans la vie de deux tueurs à gage, sur les traces d’un téléphone portable volé à un riche client, et d’une galerie de personnages pas piqués des vers, qu’ils croisent et recroisent dans un espace-temps où le chaos plane, où la paranoïa couve à chaque carrefour. Il y a de la fable dans ces cent huit minutes sombres et pourtant galvanisantes. De la chronique simple et prophétique à la fois.

Photo 3 Les premiers les derniersUne richesse imaginative née d’un décor réel que Lanners a vu une nuit, d’un train glissant sur les rails, entre Toulouse et Paris. La voie d’essai inachevée de l’aérotrain d’Orléans a ainsi servi de point de départ à un scénario, une histoire, des personnages. Une construction à la marge, devenue le centre névralgique d’une jungle des temps modernes peuplée de désaxés. Où un Jésus, grand dégingandé qui a les traits de Philippe Rebbot, traîne lui aussi sa carcasse, prêt à apporter sa bienveillance aux démunis, aux innocents, aux purs, ce couple d’amoureux simples que sont Esther et Willy (Aurore Broutin et David Murgia). Apparitions drolatiques et émouvantes à la fois.

Photo 2 Les premiers les derniers

C’est là que réside la réussite du cinéaste. Dans cette place essentielle que tient l’émotion, sans jamais qu’il tende la perche au voyeurisme, à la complaisance, à la facilité, au téléguidage de la sensiblerie. Son regard est aimant, sensible, puissant, sur ses congénères. Sur l’humanité toute entière, que renferme cette épopée à la croisée des genres. Film noir, film d’anticipation, road movie, fable loufoque. Tout est possible dès lors que l’imaginaire a droit de cité. Aucune limite sinon celle de la logique créative et de l’instinct humain. Périlleux équilibre que Lanners atteint avec une vraie grâce, par son écriture et sa vision.

Photo 4 Les premiers les derniersSon équipe enthousiasme les yeux et l’esprit. Des idées géniales, comme réunir Michaël Lonsdale et Max von Sydow en vétérans ralentis et pourtant au-dessus de tout. Toute la mémoire du cinéma est là, et bien vivante puisqu’elle bouge, parle et respire sur la toile. Pour lier tous ces ingrédients, un maestro de l’image, Jean-Paul de Zaetijd. Déjà à l’œuvre sur les trois précédents opus de maître Bouli, il assombrit la lumière des Géants et compose ici une matière épaisse, tellurique et magnétique, sur l’écran cadré en scope. Une somptuosité plastique qui accompagne les pas bouleversants de cette galerie d’êtres en attente. De quoi ? De qui ? On ne sait pas vraiment, même le film fini. C’est ça le plus fort.

Par France Hatron Carol 0

 

Sortie : le 13 janvier 2016 

Genre : Drame romantique

Age : à partir de 15 ans

Réalisation : Todd Haynes

Distribution : Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Sarah Paulson…

 

La première scène s’impose d’emblée comme l’épilogue. Deux femmes dinent dans un grand restaurant. La jolie blonde, élégante et sulfureuse, filmée de face dégage une sensualité qui donne le « la ». En face d’elle, vue de dos, une autre femme, brune, qui semble mal à l’aise. Une voix d’homme l’interpelle. Surprise, elle se retourne, perturbée, l’air angoissé. Les deux protagonistes se séparent, contrariée pour la brune, résignée pour la blonde. On réalise qu’il y a eu un avant…

Carol 3Retour donc quelques années avant dans le New York des années 50, à l’approche de Noël. Thérèse Belivet, une jeune femme ordinaire presque jeune fille, issue de la classe moyenne et à l’expression triste qui attire l’attention, travaille dans le grand magasin Frankenberg. Elle vend des jouets. Un jour d’affluence au magasin, son regard se pose sur une femme plus âgée qu’elle, la jolie blonde, chique et pleine d’assurance découverte au début du film. Cette femme, en bonne mère de famille cherche un cadeau de Noël pour sa fille Rindy qui a 4 ans. L’alchimie opère et à partir de là, Thérèse ne lâchera plus l’affaire.  Son petit ami Richard aimerait l’épouser mais ce n’est pas sa préoccupation du moment. Elle n’a d’yeux que pour Carol et pour la photo, son autre passion.

Carol 4

Les deux femmes vont s’aimer dans l’Amérique redoutable des années 50 où la clause de moralité fait loi. Carol va devoir se battre pour rester libre tout en continuant à voir sa fille, mais pour la protéger aussi. Le film avance à la lenteur des sentiments de ces deux amoureuses qui vivent chaque instant avec une délicatesse extrême. Les gestes de Carol, emprunts de féminité et de sensualité anesthésient le spectateur presque autant que l’amoureuse transie. La pudeur l’emporte ici sur la démonstration, comme pour mieux témoigner de cet interdit majeur de l’époque que représentait l’homosexualité.

Carol 5Cate Blanchett excelle dans ce rôle et tout particulièrement dans la scène magistrale devant le juge, celle où elle joue l’avenir de sa vie de famille et par là-même celui de sa fille. Mais on regrette que l’émotion décuplée dans cette séquence ne se retrouve pas vraiment dans le reste du film. Quant à Rooney Mara, tout en retenue et en détermination, elle étonne par son physique de jeune fille en fleurs et ne convainc pas toujours en amoureuse soumise. Quoi qu’il en soit, le film dégage une élégance de tous les instants, tant dans sa mise en scène que dans ses dialogues et sa musique.

Carol 1

 

 

Par Dominique Martinez Béliers 1

 

Sortie : 9 décembre 2015

Durée : 1h32

Genre : Comédie dramatique

Un film islandais

Réalisation : Grímur Hákonarson

Distribution : Siguröur Sigurjonsson, Theodor Juliusson, Charlotte Boving…

 

 

Béliers 2 Un certainFarce à l’humour noir autant qu’hommage à la nature, Béliers, de l’Islandais Grímur Hákonarson fait l’effet d’un grand souffle d’air glacé. Prix Un certain regard au dernier Festival de Cannes.

Dans une vallée reculée d’Islande, Gummi et Kiddi, deux vieux frères voisins brouillés depuis des années élèvent leurs moutons avec soin et se livrent une concurrence vache. Mais une menace sérieuse vient perturber leur routine : l’épidémie de tremblante contamine leurs troupeaux et les autorités sanitaires les obligent à abattre le bétail. Ce qui sonne l’extinction de l’espèce : ce sera la fin de la lignée des Bolstad, des bêtes de compétition.

Béliers 3Basé sur les risques réels de l’industrie de l’élevage intensif, le scénario agit comme une métaphore de la propagation de la crise financière de 2008 qui avait littéralement mis le pays K.O. en saignant ses finances publiques. Mondialisation oblige. Mais, plus qu’une chronique sociale le récit emprunte les voies de la fable anthropologique. Son titre sans article – Béliers – évoque un sens générique, universel, et une double signification : celle de l’espèce animale autant que celle de l’entêtement humain. Pourtant l’identité nordique n’est pas en reste allant jusqu’à flirter avec le pittoresque : les deux frères barbus à l’air renfrogné sont souvent affublés des classiques pulls jacquard en laine d’agneau ou des chemises de flanelle à carreaux écossais. Ils forment un duo contrasté et aux accents comiques. L’un, grand, flegmatique et réfléchi, reçoit la gestion de la propriété familiale en héritage. L’autre, bourru et trapu, est un sanguin qui fonce, se saoule et tire des coups de fusil aux fenêtres de son frère…

Béliers 4

En toile de fond de ces querelles tragi-comiques, les décors font loi : montagnes enneigées, ciels interminables de gris, de bleus. Le climat est implacable : soleil, vent, neige, tout est frontal. Quelques notes de piano éparses font basculer l’atmosphère dans la solitude. Devant ce mélange d’humour noir et de drame, on pense à Noi Albinoi de Dagur Kari (2003). Et puis, progressivement, la nuit tombe et un sentiment de gravité l’emporte, faisant penser aux romans noirs de Arnaldur Indridasson et à son personnage principal, Erlendur, vieil enquêteur austère à jamais torturé par la perte de son frère au cours d’une tempête de neige, lorsqu’ils étaient enfants.

Quelque chose est en train de mourir, sur le point de s’éteindre, d’être enseveli. La planète gronde, les bêtes se meurent. Nous, peut-être, aussi. La dernière scène où les deux hommes, réfugiés sous la glace, leurs corps nus serrés l’un contre l’autre, tentent de survivre, est la plus belle du film. Plus qu’un hommage à la nature, elle appelle à un changement d’humanité.

 

Par Dominique Martinez

Affiche une histoire

Sortie : le 11 novembre 2015

Durée : 2h14

Réalisation : Robert Guédigian

Distribution : Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet…

 

A travers Une histoire de fou, Robert Guédiguian apporte sa pierre à l’édifice de la reconnaissance du génocide arménien. Et prolonge la réflexion humaniste de toute son œuvre.

 

Il aura fallu dix ans après Le Voyage en Arménie en 2006 où Ariane Ascaride incarne une médecin française qui découvre ses racines arméniennes en partant à la recherche de son vieux père malade pour que Robert Guédiguian aborde de front la question politique de son identité arménienne. Sa volonté didactique transparait dans son récit mais le film présente plusieurs atouts.

Il s’inspire d’une histoire vraie et incroyable. La Bombe est un récit autobiographique de José Gurriaran, un jeune journaliste espagnol qui en 1981, à Madrid, saute sur une bombe posée par des militants de l’Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie, l’ASALA. A moitié paralysé, sa vie bascule à plus d’un titre : il ne sait rien de l’Arménie, mais va s’y intéresser pour tenter de comprendre et même rencontrer ses bourreaux pour finalement adhérer à leur cause. C’est cette histoire qui est transposée au cœur de la fiction et de l’attentat qui, en 1971, fit sauter la voiture de l’ambassadeur de Turquie et blessa gravement un jeune cycliste…

Photo 3 une histoirePour aborder le génocide en tant que fait historique, Guédiguian refuse la reconstitution et s’en remet à l’originalité d’un prologue en noir et blanc, dans un tribunal : au cours de son procès, Soghomon Tehlirian, dont la famille a été entièrement exterminée, raconte comment en 1921, il a exécuté en pleine rue, à Berlin, Talaat Pacha, principal responsable du génocide arménien. C’est le témoignage du premier génocide du 20ème siècle. Il sera acquitté par un jury populaire.

Photo une histoire

A travers cette fresque historique, Guédiguian couvre les trois quarts du 20ème siècke et quatre générations de diaspora arménienne. Ses personnages sont incarnés et les scènes de tournées à Beyrouth montrent toute la légitimité et les limites de la lutte armée. Car c’est bien la question posée : la violence est-elle justifiable pour se faire entendre, aussi juste soit la cause défendue ?

 

Affiche Le fils de Saul

 

Par France Hatron

Sortie : le 4 novembre 2015

Genre : Drame

Un film hongrois

Réalisation : Laszlo Nemes

Avec :

Géza Rohrig, Levente Molnar, Urs Rechn…

 

Grand Prix du Festival de Cannes 2015

 

Image Saul

Saul Ausländer porte le numéro 7005. Membre du Sonderkommando du Kapo Biederman, un groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp de concentration, il seconde les nazis dans leur terrifiant plan d’extermination. Sa mission obligatoire consiste à réceptionner les voyageurs à leur descente des convois, à les faire déshabiller dans un vestiaire, trier leurs vêtements, les prier d’entrer dans les chambres à gaz, récupérer leurs effets personnels, nettoyer les sols après avoir fait glisser les corps sans vie pour les entasser. Etape finale : le crématorium. Et c’est précisément avant cette étape que Saul découvre le corps d’un garçon d’une dizaine d’années, gazé mais qui respire encore. Il croit alors reconnaître son fils. Sans mot dire, il observe le médecin nazi qui s’approche du corps pour l’étouffer. Saul demande à un médecin hongrois, chargé des autopsies, de pouvoir épargner les flammes à cet enfant pour lui offrir un enterrement selon la tradition juive. Le médecin lui répond : « Je suis prisonnier, comme toi ». Mais la demande de Saul sera exaucée. Ne lui restera plus qu’à trouver un rabbin, parmi les centaines de juifs présents dans le camp et ceux fraichement débarqués des convois. Mais le temps est compté car Saul se sait condamné comme les autres…

Image Saul 2

Pour un premier long métrage, la tâche consistant à représenter les camps de la mort dans une fiction dépourvue de son contexte politique et de toute romance était exigeante et ardue. L’exercice de style époustouflant s’avère pourtant réussi mais à quel prix ! La caméra embarquée ne lâche pas son personnage principal, Saul, qui lui ne manque pas une miette de l’enfer où il vit. Le spectateur découvre, lui, tout en pudeur, cet univers abominable et impitoyable, toujours flouté, par les cris, les bruits et les regards souvent haineux ou ébahis, rarement compassionnels. On n’est jamais vraiment dedans, ni jamais dehors non plus. D’où ce sentiment d’oppression permanente qui donne la nausée. Un sentiment rehaussé d’ailleurs par l’absence de profondeur de champ. On subit comme Saul, sans pouvoir agir, comme lui. Que faire ? Le prendre pour un héros ou pour un anti héros ? Comment peut-on accepter un tel travail ? Mais comment le refuser ? Difficile de trancher tant l’identification est difficile.

Image Saul 4Géza Röhrig réussit ici une vraie performance d’acteur avec ce rôle tout en retenue. La mise en scène ambitieuse et intelligente fascine, quant à elle, autant qu’elle enferme et fatigue, rendant ainsi la toute puissance du mal à son paroxysme.

 

 

Par Olivier Pélisson Image le chant d'une île

 

Sortie : 21 octobre 2015 

Durée : 1h43

Genre : Documentaire

Un film portugais

Réalisation :

Joaquim Pinto & Nuno Leonel

Distribution :

Les pêcheurs de Rabo de Peixe et leurs proches

 

Présenté dans de nombreux festivals internationaux (Berlin, Indie Lisboa, Rio de Janeiro, Cinéma du Réel, La Rochelle, Lussas), Le Chant d’une île sort finalement en salles en France.

Son titre original, Rabo de Peixe, veut dire « queue de poisson », mais est avant tout ici le nom du bourg de Ribeira Grande, deuxième municipalité de l’île de São Miguel dans l’archipel des Açores, en plein océan Atlantique, à mille-cinq-cents kilomètres de Lisbonne, où le film est tourné. Un coin du globe où l’activité principale est la pêche artisanale, ressource locale historique, mais menacée depuis la fin du XXe siècle par la mondialisation et l’industrialisation à outrance.

Image le chant d'une île 2

Filmé au passage de l’an 2000 et au début du nouveau millénaire, pendant deux ans, et présenté une première fois en 2003 dans une version de cinquante-cinq minutes pour la télévision, le travail a été remonté et re-finalisé par son tandem de réalisateurs. Car le premier montage servait avant tout la présentation d’un métier, et les cinéastes voulaient aussi rendre hommage aux moments passés tout autour de l’activité. Rentre palpable la vie à l’œuvre entre les scènes de pêche et de travail. Tout le tissu humain, dense, fait d’attente, de déambulation, de buvette, de causette, du vent qui souffle, du temps qui passe. Cet étirement temporel même qui les a menés tous deux a passé sept ans de leur vie dans les Açores.

Une épopée humaine, immersion avec les pêcheurs, digne de Robert Flaherty, avec une touche néo-réaliste qui évoque aussi bien le Visconti de La Terre tremble que Pasolini. Pinto et Leonel filment les hommes et les éléments, les visages bruts et burinés, la beauté et la rudesse, les corps infatigables répétant les mêmes gestes, s’adaptant aux saisons et à la nature, luttant contre la déshumanisation galopante, dans un coin du monde nourri du mélange, de la diversité, du métissage, hors des modes et des carcans. Et pourtant, la résistance se fissure sous l’effet de masse du monde en marche.

Image le chant d'une île 3Belle idée d’accompagner le film en voix-off par les deux auteurs qui se relaient vocalement, et citent volontiers les auteurs, Simone Weil ou Melville. L’amour du couple d’artistes se ressent, et porte discrètement cette ode à l’artisanat, à la simplicité, au désintéressement, qui célèbre aussi bien la faune et la flore des fonds marins que les ports et les modestes intérieurs, les fêtes et les processions. Le Chant d’une île est un film libre, et fait écho à Et maintenant, précédent opus du duo, sorti en salles en 2014. L’écho d’un cinéma généreux et attentif au monde, désembarrassé du gras de la séduction à tout prix et de la belle image posée. Du cinéma brut.

 

Par France Hatron Affiche Belle

 

Sortie : le 14 octobre 2015 

Durée : 1h53 

Réalisation : Jean-Paul Rappeneau 

Distribution : Matthieu Amalric, Marine Vacth, Gilles Lelouch, Nicole Garcia, Karine Viard, Guillaume de Tonquédec, André Dussollier, Gemma Chan… 

 

Jérôme Varenne, un homme d’affaires établi à Shangaï depuis dix ans, vient passer quelques jours en Europe avec sa fiancée Chen-Lin. Lors de son passage à Paris, il s’invite à l’improviste chez sa mère, une jolie blonde fantasque qui semble perturbée par sa visite. C’est un peu normal car la maison de famille où ont grandi Jérôme et son frère jaloux n’est toujours pas vendue. Jérôme l’apprend en arrivant ! image 2 Belles famillesLes Varenne se retrouvent aux prises d’un étrange litige entre le promoteur immobilier et le maire, tous deux très intéressés par la propriété.  Jérôme décide de se rendre sur place pour éclaircir le mystère. Il retrouve un ami d’enfance, Grégoire Piaggi, dans le rôle du promoteur immobilier et découvre l’existence de la maîtresse de son père défunt, laquelle femme a une fille jeune et très belle, Louise, dont il va peu à peu s’étreindre. Mais le double interdit se profile puisque Louise est la fiancée du promoteur et que Jérôme vit avec Chen-Lin qui commence à le trouver plus que distant.

image 1 Belles familles

De facture très classique, ce film séduit dès les premiers instants par son rythme, ses personnages séduisants et attachants et une intrigue captivante ancrée dans la bourgeoisie de province contemporaine. On se plaît à imaginer la demeure familiale majestueuse en repère de souvenirs et de mystères à tiroirs. On n’est pas déçu : elle est belle, grande, et regorge de bons et mauvais souvenirs. La distribution, à la hauteur sur le papier, se montre en revanche décevante. Matthieu Amalric s’avère inégal, Nicole Garcia, Guillaume de Tonquédec et Gilles Lelouche surjouent, la jeune Marine Vacth manque de justesse et pourtant pas de sex-appeal ! Karine Viard ne manque, elle, vraiment pas de panache dans son rôle émouvant de maîtresse amoureuse et lésée. Quant à André Dussolier, son personnage plein de bons sentiments et de bienveillance nous séduit forcément en amoureux de Suzanne Varenne (Nicole Garcia).

image 3 Belles famillesL’état de séduction initial ne dure pas. La tension dramatique retombe assez vite et les dialogues plats ne donnent pas beaucoup d’espoir pour d’éventuels soubresauts. Entre drame et comédie, artifices de rebondissements de scénario classiques, adultères passés et présents, on oscille d’une sensation à l’autre, d’une envie à l’autre, sans savoir à qui ni à quoi se raccrocher vraiment. On se dit avec regret que ce film n’est pas abouti. Dommage. 

 

Par France Hatron images

Sortie : le 7 octobre 2015

Documentaire

Age : tous publics

Durée : 84 min

Un film américain

Réalisation :

Lydia B. Smith

Distribution : Samantha Gilbert, Wayne Emde, Annie O’Neil, Thomas Moreno…

 

Le chemin de Saint Jacques parcouru dans la douleur et l’épanouissement personnel, commenté par six pèlerins modernes de diverses nationalités. Les intentions de Lydia B. Smith apparaissent clairement mais les portraits méritaient d’être plus approfondis.

Depuis le IXème siècle, des millions de pèlerins venus du monde entier ont emprunté le chemin de Compostelle, réputé pour ses vertus d’enrichissement spirituel et humain. Selon la tradition religieuse, le but du périple qui dure entre trente et quarante-deux jours, à raison de 20 à 25 Km journaliers, consiste à atteindre le tombeau de l’apôtre Saint Jacques Le Majeur, abrité dans la crypte de Saint Jacques de Compostelle en Espagne. Au fil du temps, le pèlerinage religieux s’est aussi décliné en une randonnée pédestre ambitieuse rassemblant des aventuriers juste animés par une quête de sens. Leur corps mis à l’épreuve ne suit pas toujours mais pas question de lâcher ! Ce que montre très bien Lydia B. Smith dans son premier film.

Image CompostelleLa réalisatrice a emboité le pas de six pèlerins attachants qui cheminent sur le « Camino Francès » débutant aux pieds des Pyrénées à Saint Jean Pied de Port. Les séquences sont rythmées par les « buon camino ! » échangés par les aventuriers rencontrés sur le chemin. Tatiana, une trentenaire pratiquante marche avec son fils de 3 ans, Cyrian, et son frère, un jeune adulte radieux qui lui, n’a pas la foi et aime s’amuser quitte à enrager sa soeur. Wayne Emde est Canadien. Après un inoubliable pèlerinage au Japon, en la mémoire de sa femme, il s’attaque à celui de Saint Jacques avec un ami. Le pain rassis ne les déprime pas. La danoise, Anne-Marie, « pas très religieuse » et indépendante rencontre quand-même l’adorable William, de dix ans son cadet, mais qui est  » juste un compagnon de chemin « . Quant à Annie, une charmante quinqua américaine, elle s’étonne de la générosité ambiante. En effet, un étrange allemand, voisin de dortoir, lui porte son sac à dos une journée ! La belle Samantha vient, elle, du Brésil où elle n’avait plus ni boulot, ni logis, seulement des antidépresseurs et un mec qui buvait. Désormais, seule la beauté intérieure compte et peu lui importent ses cheveux pas lavés depuis un mois ! Le jeune portugais Tomas a rencontré deux amis pour la vie. La preuve que par le dépouillement et l’épuisement, on se rapproche plus facilement du cœur et du meilleur de soi. Image Compostelle 3

Lydia B. Smith le montre par des images en accord avec des témoignages assez semblables sur le fond, qui rejoignent celui d’un prêtre : « Le camino est une médecine douce qui peut guérir toutes les blessures. Ceux qui le commencent en tant que touristes le finissent en tant que pèlerins ». Pour autant la réalisatrice ne s’est pas aventurée sur le plan spirituel. Elle a seulement filmé Tatiana en prière ou assistant à des offices religieux. Mais cette jeune mère ne dit rien de son passé et pas grand-chose de ses motivations, ni de son choix d’avoir emmené son petit garçon. De même, Annie ne se dévoile pas beaucoup non plus. Ce parti pris de la pudeur nous laisse un peu sur notre « faim ». En revanche aucune modération du côté de la musique type banda, qui s’impose de façon quasi omniprésente, remplaçant les commentaires en voix off, inexistants (et c’est tant mieux !). Des petites maladresses à mettre sur le compte d’un premier film qui n’empêchent pas malgré tout Lydia B. Smith de bien faire ressentir l’expérience des pèlerins des Chemins de Compostelle, son mystère, ses embuches et ses récompenses. »

Par France Hatron 

 

Sortie : le 23 septembre 2015Photo affiche deux amis

Durée : 1h42

Un film français

Genre : Comédie romantique

Réalisation : Louis Garrel

Distribution :

Golshifteh Farahani, Vincent Macaigne, Louis Garrel, Mahaut Adam…

 

Présenté à La Semaine de la Critique 2015

 

Image Les 2 amisTrois femmes se douchent côte à côte. On entend : « Douche terminée ! Vous sortez ! ». Le ton est donné. La prison se profile. Deux des détenues peuvent sortir pour la journée. Mais la liberté surveillée impose quelques contraintes, à savoir ne pas se faire mettre le grappin dessus par un amoureux transi, et rentrer à l’heure le soir. Mona se fait belle dans le bus. Maquillage et boucles d’oreilles composeront le nouvel écrin de la jeune femme libre. Mona court pour rejoindre la sandwicherie de la gare du Nord où elle est vendeuse. Un homme qui l’a vue arriver, l’admire de loin avant de l’appeler. Mais elle ne veut plus le voir. Le pauvre Clément qui ne pense qu’à elle se confie à son ami Abel qui lui suggère de déclarer sa flamme à la belle Mona. Les deux garçons la suivent jusque dans son train et l’obligent à en descendre. Quand les portes se ferment, elle sait qu’elle devient une fugitive puisque le contrat de confiance est rompu…

Image 2 Les deux amis

Louis Garrel a décliné son court métrage La règle de trois, en conservant les trois acteurs principaux mais en leur attribuant de nouveaux rôles. Dans les deux formats, un élément perturbateur sème le trouble.

Louis Garrel mêle le sentiment amoureux, le désir, l’amitié, la trahison, la confiance et le devoir qui impose des contraintes. Autant de sujets graves qu’il traite habilement avec un mélange de légèreté (vive l’oiseau qu’offre Clément en cadeau à sa dulcinée dans la gare !) et de noirceur (insoutenable scène violente du quai de la gare). Les émotions s’entrechoquent encore plus vite, encore plus fort que dans la vie, la tension dramatique persistante en toile de fond. Image 3 Les deux amisEt comme le film est très bien écrit et très bien joué, on se délecte de cette histoire pourtant, avouons-le, un peu tirée par les cheveux. Le premier film de Garrel est certes ancré dans un cinéma bien français mais on sent sa patte personnelle, la patte Garrel dira-t-on certainement dans quelques années.

 

Photo affiche YouthPar France Hatron

Sortie : 9 septembre 2015

Durée : 118 min

Un film franco-suisse

Réalisation : Paolo Sorrentino

Distribution : Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda, Mark Kozelek…

 

Fred et Mick, deux amis de longue date, tous deux riches, l’un octogénaire et l’autre septuagénaire, passent leurs vacances, depuis vingt ans, comme curistes dans un hôtel de luxe à Wiesen, au pied des Alpes suisses. Frédéric Ballinger, désormais à la retraite, était compositeur et chef d’orchestre. Il n’a aucune intention de revenir à sa carrière musicale. Son meilleur ami, Mick Boyle, poursuit, lui, sa carrière de cinéaste. Il achève le scénario d’un film. Frédéric est accompagné de sa fille et assistante, Lena qui a épousé Julian, le fils de Mick.

Photo Youth 1Parmi les autres curistes : un acteur en préparation d’un rôle, un ancien footballeur empâté et un moine bouddhiste adepte de la lévitation. Tous se regardent le nombril, exposant leurs soucis de santé, leur amourette d’adolescent… Les deux amis évoquent avec philosophie le temps passé, les sacrifices, les regrets, les trahisons inavouées, l’angoisse de vieillir, conscients que le temps à venir leur est compté. Petite lumière d’espoir, au beau milieu d’un univers où règnent les retraités botoxés : l’apparition dans la piscine de Miss Univers, celle-là même qui nous vaut l’affiche du film. Une fois sortie de la piscine et de l’affiche, l’actrice sera vite oubliée. Côté choses sérieuses, la reine d’Angleterre a demandé à Fred d’interpréter Simple Songs, son œuvre la plus célèbre, ce qu’il refuse fièrement sans se justifier. Quant à Lena, elle prévient son père qu’elle va divorcer.

Photo Youth 2

Paolo Sorrentino ne manque pourtant pas d’humour, mais la vulgarité et la lourdeur de certaines images et situations prennent souvent le dessus dans le film. On se serait passé des détails sur la prostate et de la vision surréaliste d’une Jane Fonda à bord d’un avion.  Le cinéaste cherche à nous divertir au gré du temps qui passe et des souvenirs qui refont surface, avec sa mélancolie, clé de voute de ses deux dernières œuvres. Mais là où La grande belleza déployait sa mélancolie avec panache et distinction, Youth l’impose ici sans pudeur avec une suffisance et une prétention désagréables.

Photo Youth 3

Dommage car la mise en scène au cordeu, l’interprétation sans faille et les images de montagne, comme celles de l’hôtel et de ses curistes, toutes bien léchées, étaient propices à traiter de la maturité et de la sénilité avec plus de tendresse et d’empathie. Mais peut-être faut-il une maturité certaine pour mieux digérer cette ode à la jeunesse au côté plus amer que doux ?