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Par Albéric de Gouville, l’envoyé spécial de France 24 à Cannes

 

Après six jours de visionnage, Albéric de Gouville nous livre ses cotes pour 13 des 21 films en compétition à Cannes cette année. 

 


Photo 2Aquarius
**** 

Ma palme d’or revient pour l’instant à ce film de Kleber Mendonça Filho. Magnifique portrait de femme (sublime Sonia Braga pour l’interpréter ) sur fond de corruption au Brésil. L’équipe a monté les marches en brandissant des pancartes ‘Coup d’état au Brésil’. Un film salutaire, superbement réalisé, qui a du souffle et l’envergure d’une palme d’or.

 

 

Moi, Daniel Blake **** : Un grand Ken Loach. Du cinéma social, très juste, très réaliste et qui bouleverse, sur fond de chômage et de privatisation de la santé en Grande Bretagne.

Loving **** : Une magnifique histoire d’amour, contrariée par les lois interdisant les mariages mixtes dans l’Amérique des années 50 et 60. Jeff Nichols au sommet.

Mal de Pierres *** : Une belle histoire très (trop ?) classique dans la France des années 60. Marion Cotillard interprète une femme dont la passion amoureuse flirte avec la folie. Beau film mais qui ne surprend pas vraiment.

Julieta *** : Un bon Almodovar, mais sans aucune surprise dans l’œuvre du cinéaste espagnol. Une mère recherche sa fille qui a coupé les ponts 12 ans plus tôt. Émouvant

Sieranevada ** : 2h53 de huis clos dans un appartement de Bucarest pour commémorer la mémoire d’un défunt. Passionnant sur le fond et dans la forme mais beaucoup trop long.

Mademoiselle ** : Le retour de Park Chan Wook dans la compétition avec un film beaucoup plus classique que les précédents, qui se passe en Corée dans les années 30. Très brillant visuellement avec un scénario sophistiqué.

Américan Honey ** : road movie  les dérives sectaires d’un groupe de vendeurs ambulants dans l’Amérique d’aujourd’hui. Intéressant formellement mais le film est beaucoup trop long, notamment dans les séquences musicales

Ma loute ** : Un Bruno Dumont complètement déjanté avec de grands numéros d’acteurs. Le cinéaste fait appel à des stars mais reste fidèle à son univers. Bonne surprise !

Toni Erdmann ** : L’éclat de rire du festival pour un film pourtant très sérieux sur le mal de vivre dû à un travail déshumanisant. L’actrice principale Sandra Hüller est formidable.

Personal Shoper ** : Olivier Assayas s’essaye au film de fantômes, dans le monde de la mode. Les sifflets à l’issue de la projection de presse ne sont pas mérités. La mise en scène est élégante et Kristen Stewart très crédible.

Rester vertical * : Par Guiraudie, le cinéaste qui montre ce qui est tabou : un accouchement en gros plan, l’homosexualité dans le monde paysan, l’amour chez les vieux…. Mais ce n’est pas un film dossier, plutôt un road movie sans véritable scénario.

Paterson * : Un film en forme de poème qui dévoile 7 jours de la vie d’un couple dans la petite ville de Paterson. Un Jim Jarmush mineur.

 

http://www.festival-cannes.com/
http://www.semainedelacritique.com/
http://www.quinzaine-realisateurs.com
http://www.lacid.org/-Programmation-ACID-Cannes-2016-12-

 

 Par Olivier Pélisson  

 

Affiche Festival de Cannes 2016Festival de Cannes, 69e édition. Semaine de la Critique, 55e édition. Quinzaine des Réalisateurs, 48e édition. Acid à Cannes, 24e édition. Les années passent et le cinéma tous azimuts est à nouveau au rendez-vous de la Croisette au mois de mai. Plus d’une centaine de films vont remplir les salles, de longs-métrages attendus en courts-métrages de découverte, de films d’auteurs du monde entier en œuvres événements.

Un homme préside le jury officiel, le cinéaste australien George Miller, qui a mis à l’honneur les femmes dans son opus présenté l’an dernier hors compétition dans le Grand Théâtre Lumière du Palais des Festivals: Mad Max : Fury Road. Des femmes qui mènent le reste des jurys de la Croisette, et c’est bien : Naomi Kawase pour les courts-métrages et la Cinéfondation, Marthe Keller pour Un Certain Regard, Catherine Corsini pour la Caméra d’Or, et Valérie Donzelli pour la Semaine de la Critique.

Affiche Semaine 2Côté course à la Palme d’Or, vingt-et-un films sont dans les starting blocks, avec deux signés de cinéastes asiatiques, un moyen-oriental, un sud-américain, quatre nord-américains et treize européens. Un très grand habitué (le Britannique Ken Loach, en lice pour la treizième fois !) et des familiers (les Belges Luc et Jean-Pierre Dardenne et l’Américain Jim Jarmusch avec sept venues pour la Palme, l’Espagnol Pedro Almodovar et le Français Olivier Assayas avec cinq) côtoient quatre petits nouveaux en compét’ (le Brésilien Kleber Mendonça Filho, l’Allemande Maren Ade, le Roumain Cristi Puiu et le Français Alain Guiraudie). Quatre réalisateurs ont déjà reçu le prix suprême : Loach (Le Vent se lève en 2006), Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007), et les double palmés Dardenne (Rosetta en 1999, Le Fils en 2005).

Photo Semaine Tramontane  2Vingt-deux films sont annoncés côtés premiers longs-métrages, dont dix-neuf dans la quête de la Caméra d’Or. Les yeux sont braqués à Un Certain Regard sur les attendus Dogs du Roumain Bogdan Mirica, tension en campagne, et La Tortue rouge de Michael Dudok de Wit, roi de l’animation avec ses magnifiques courts primés Le Moine et le poisson et Père et fille. À la Semaine de la Critique, on attend la quête identitaire d’un jeune aveugle libanais Tramontane de Vatche Boulghourjian, la chronique d’un deuil israélien One Week and a Day d’Asaph Polonsky, et la mue mordante d’une jeune étudiante vétérinaire Grave de Julia Ducournau.

Photo MercenaireÀ la Quinzaine des Réalisateurs, ce sont l’animé en pâte à modeler Ma vie de courgette de Claude Barras, coécrit avec Céline Sciamma, et l’itinéraire d’un jeune rugbyman calédonien Mercenaire de Sacha Wolff.

 

On verra aussi les premiers pas d’interprètes derrière la caméra (Chloë Sevigny, Laetitia Casta, Sandrine Kiberlain et Félix Moati pour du court, Grégoire Leprince-Ringuet pour du long), d’un écrivain (Wrong Elements de Jonathan Littell en séance spéciale officielle), et d’un metteur en scène de théâtre (Apnée de Jean-Christophe Meurisse à la Semaine). En complément des révélations, les barons du 7e art seront là. Du blockbuster à la production « familiale », ils représentent le spectre de leur art. Woody Allen, Loach, Almodovar, les Dardenne, Paul Verhoeven, Jim Jarmusch (en doublé fiction et documentaire), Steven Spielberg, Rithy Panh, Paul Vecchiali, Marco Bellocchio ou Paul Schrader.

Dog eat dogDu genre, du genre, avec du thriller, du sang, du cannibalisme, du vampire et du fantôme. L’occasion de voir arriver à Cannes le sud-coréen Na Hong-jin avec The Strangers, son compatriote Sang-ho Yeon pour Train to Busan, et Mel Gibson filmé par Jean-François Richet dans Blood Father (tous trois en Officiel hors compétition), Nicolas Cage et Willem Dafoe chez Schrader dans Dog Eat Dog (clôture de la Quinzaine), le discret The Transfiguration de Michael O’Shea (Un Certain Regard), le déjà annoncé Grave de Ducournau, et des donzelles icônes en pleins troubles existentiels, de Kristen Stewart chez Assayas (Personal Shopper) à Elle Fanning chez Nicolas Winding Refn (The Neon Demon).

Les actrices vont régner sur la Croisette. Avec des prétendantes de haute volée pour le prix d’interprétation féminine : Sonia Braga dans Aquarius de Mendonça Filho, Adèle Haenel dans La Fille inconnue des Dardenne, Stewart donc dans Personal Shopper, Sandra Hüller dans Toni Erdmann de Maren Ade, Charlize Theron dans The Last Face de Sean Penn, Marion Photo Fais de beaux reves (c) Simone Martinetto 1Cotillard dans le doublé Mal de pierres de Nicole Garcia / Juste la fin du monde de Xavier Dolan, Emma Suarez et Adriana Ugarte dans Julieta d’Almodovar, et l’indéboulonnable Isabelle Huppert dans Elle de Verhoeven. A071C001__c_Ecce_FilmsOutre Cotillard, plusieurs sont présentes en doublé cannois : Stewart avec aussi le Allen d’ouverture Café Society, Soko à Un Certain Regard (La Danseuse de Stéphanie di Giusto, Voir du pays des sœurs Coulin), Bérénice Bejo à la Quinzaine (Fais de beaux rêves de Bellocchio, L’Économie du couple de Joachim Lafosse), et Virginie Efira, en ouverture de la Semaine (Victoria de Justine Triet) et en compétition officielle dans Elle.

Un homme et une femmeEnfin, des anniversaires, surprises à la clé ? Cinquante ans pour la Palme d’Or d’Un homme et une femme de Claude Lelouch (1966), quarante ans pour celle de Taxi Driver de Martin Scorsese (1976), dont le duo principal est présent en séances spéciales (Jodie Foster pour son Money Monster avec George Clooney et Julia Roberts, Robert de Niro pour Hands of Stone de Jonathan Jakubowicz), et vingt-cinq ans pour celle de Barton Fink des frères Coen (1991). Dans quelques heures ça démarre. À vos marques !

 

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By France Hatron

Will be soon distributed in France

Age : from 7 year's old

109 mn

A Taïwan, Hong Kong and China film

Genres : Drama

Director : Jung-Chi CHANG

Cinematographer : Dylan Doyle

Distribution : Sandrine Pinna, Yu-Siang HUANG

Touch of the light, the first feature film by Jung-Chi Chang, presented during the 49th Golden Horse Film Festival in Taipei (Taïwan) received the International Critic Price by the Fipresci jury and also the New director award at

the Golden Horse awards ceremony, which is comparable to the Oscars and takes place at the end of the festival.

This film is based on the true story of blind pianist Yu-Siang Huang. He plays the role of Shiang, who was also born blind. The other leading part, Jie, is played by Sandrine Pinna, a very pretty French Taïwanese actress.

Up until the end of high school, Shiang lived at his parent’s with his little sister. The story begins as he leaves home with his mother for Taipei University to learn music and the piano in particular, his passion. His little sister waves to tell him goodbye. She’s sad to be separated from him. One can imagine how kind he was with her. He looks angelic, good-hearted and discreet. Even if he’s smiling continuously, his graceful smile straddles the line between resignation and deep despair. When he was young, he used to compete in musical competitions and win. But once he heard he won because he was blind, he stopped winning. This horrible memory lingers in the back in his head and makes him lose his momentum each time he desires to play music.

Sandrine Pinna (Jie)

Shiang places a huge importance to women’s voice. And it’s precisely Jie’s voice that draws his attention for the first time when he hears it on campus. One element of her job consists of delivering drinks and food to the students on campus.

The second part of his life starts when he and his mother step into his bedroom at university. His mom is worried and suffers because she knows he has to become completely autonomous in this one instance, and she knows he isn’t and will never be. We get the sense that she feels responsible for her son’s disease. But she cannot express her profound misery. She cannot hug him. Her voice-over states that when Shiang was 3 years old, she learned he was blind. Then he smiled at her! As if he had already the same extraordinary

personality.

His only refuge is his piano. But his talent puts him in solitary confinement.

Parallel to Shiang’s story runs Jie’s. She’s got a job in a fast food restaurant. She looks serious and realistic.

Her father drinks and her mother spends her time spending the money she doesn’t have! Jie keeps on giving her money that she uses to buy cosmetics in triplicate while she can’t make ends meet!

Jie and Shiang are going to meet each other. Jie had a dream which never could fulfilled: becoming a ballet dancer. But as her family couldn’t make ends meet, she couldn’t follow the Academic program in dance. Her meeting with piano fanatic Shiang will make her more self-confident and open up new horizons. From his end, Shiang finds more and more energy to take piano lessons, forming a band and having fun with the musicians, and otherwise being independent without asking for help from other students.

Yu-Siang HUANG (Shiang)

Most of the screen play is solid. The only regret is that some flash backs, at the end of the film, that have already been seen in the middle, were too long and weigh down the story a bit.

The acting is fully convincing. Yu-Siang Huang never overacts. Sandrine Pinna is very attractive and her style combined with her fragility and innocence should make her become a key player. She’s already been honored three times for best actress.

The French cinematographer Dylan Dole has chosen to not include many dialogues but rather a lot of lighting effects to express not only emotion but also a blind person’s way of feeling. The lights radiate around Shiang as if all the lights he was deprived of inside were given back tenfold to his next of kin.

Both piano recitals and dance scenes – in particular the ones where Jie has dance lessons with the leading Taiwanese female dancer Hsu Fang-yi – are transcended by the shooting process that gives aesthetic pictures, full of poetry and sensuality. Music played by Shiang comes with Jie’s dancing sequences to show how their lives and behavioral psychologies are interlinked and how one draws his inspiration from the other one. The audience is put into a wonderful artistic whirlwind. It has the sense that it detects the world with the same emotions as a blind person may.

What a performance to play his own life without locking his audience into a strange world which might only inspire pity and compassion! We can imagine the director has been inspired by Yu-Siang Huang’s brilliant mind and by his life lesson. Indeed, he offers a first feature film full of delicacy, artistically ambitious and accomplished.

When Yu-Siang Huang was given his Fipresci prize he told the audience : “I’m very happy to win this prize but also sad because I’ll never see how I can play a role…”

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